Il y a des séances qui commencent sous haute pression.

Jordan est arrivé dans mon cabinet accompagné de sa mère. Tous les deux avaient la mine défaite de ceux qui sentent qu’ils ont peut-être laissé passer quelque chose d’important. Jordan n’était pas un mauvais élève , des résultats moyens, assez réguliers, mais pour décrocher le bac, il allait falloir bûcher sérieusement.

Sauf qu’on était à quinze jours des épreuves. Et Jordan venait d’avouer à sa mère qu’il n’avait pas commencé ses révisions.

Autant dire que la pression dans la pièce était palpable. Pour eux deux, et, je l’admets volontiers, un peu pour moi aussi.

Ce que j’ai dit à Jordan, et pourquoi

Plutôt que de commencer par rassurer ou par expliquer ce qu’est l’hypnose, j’ai posé une question qui a légèrement déstabilisé Jordan :

— Est-ce que tu as été en cours avec des bouchons d’oreilles ?

— Pardon ?

— Tu avais les oreilles ouvertes en cours ?

— Oui…

— Ah. Ouf. Parce qu’à moins de les avoir eus bouchées pendant toute ta scolarité, il est impossible que ton cerveau n’ait pas entendu la totalité des cours donnés par tes profs. Je me trompe ?

— Heu… non…

— Quelle est la dernière chose que tu as entendue en venant en voiture avec ta mère ?

— Une chanson à la radio.

— Tu te souviens de la chanson ?

— Ben oui.

— Tu as fait un effort pour t’en souvenir ?

— Ben non.

Ce petit échange n’était pas anodin. Il visait un objectif très précis : modifier la représentation que Jordan avait de lui-même et de sa mémoire, avant même de commencer la séance. Parce qu’un inconscient qu’on aborde avec la conviction « je n’ai rien retenu » résistera. Un inconscient qu’on approche avec « tout est là, il faut juste aller le chercher » s’ouvre.

Ce que la neuroscience dit de la mémoire implicite

Ce que j’expliquais à Jordan n’était pas une métaphore destinée à le rassurer. C’est une réalité neurobiologique.

Notre cerveau capte en permanence une quantité d’informations bien supérieure à ce que notre conscience traite. Le cortex auditif enregistre les sons, les mots, les intonations qu’on y prête attention ou non. L’hippocampe encode ces informations et les transfère progressivement vers la mémoire à long terme, notamment pendant le sommeil. Ce processus de consolidation mémorielle se déroule en grande partie hors de notre contrôle conscient.

Ce que Jordan percevait comme un « vide » n’était pas un vide. C’était de l’information stockée en mémoire implicite, accessible, mais pas spontanément disponible à la conscience. Comme une chanson qu’on « ne connaît pas » jusqu’au moment où on l’entend : le cerveau la reconnaît immédiatement.

La difficulté n’était pas l’absence de mémoire. C’était l’accès à cette mémoire.

Je lui ai expliqué simplement :

— Ton cerveau a été en cours et il a tout entendu. Il a retenu énormément d’informations ,mais comme elles lui semblaient inutiles sur le moment, il les a classées très loin, là où la conscience ne va pas facilement. C’est mon travail d’aller les chercher avec toi. Je vais t’accompagner en état d’hypnose et demander à ton inconscient de retrouver la totalité de ce qu’il a enregistré durant tes années de lycée. 

Jordan a souri. Sa mère aussi, un peu.

La séance : ce qui s’est passé

J’ai pris mon temps. C’est, je crois, l’une des choses les plus importantes dans ce type de travail : ne pas se laisser contaminer par l’urgence. Le système nerveux ne se régule pas sous la pression, il se régule dans la sécurité.

Nous avons effectué plusieurs plongées hypnotiques au cours de la même séance, ce qu’on appelle des réinductions successives, qui ont pour effet d’approfondir progressivement l’état de transe et d’élargir l’accès aux ressources inconscientes.

Dans cet état, le cerveau produit des ondes alpha et thêta. L’activité du cortex préfrontal dorsolatéral, cette partie du cerveau associée au contrôle conscient et à l’autocensure se réduit. L’accès aux contenus mémorisés devient plus fluide, moins filtré par les croyances limitantes et les émotions de blocage.

Les suggestions hypnotiques que j’ai adressées à l’inconscient de Jordan étaient précises et ciblées : retrouver, réorganiser, consolider, et rendre disponible au bon moment, dans la bonne situation. Pas seulement pour réviser dans les jours suivants, mais pour que les réponses émergent naturellement pendant les épreuves elles-mêmes.

C’est ce qu’on appelle en hypnose ericksonienne une suggestion post-hypnotique contextualisée : on associe la récupération des ressources à un contexte précis, ici, la salle d’examen, la feuille blanche, la question posée.

Ce qui s’est passé ensuite

Jordan a obtenu son bac. Avec mention.

Il m’a expliqué quelque chose qui m’a particulièrement touché : pendant les épreuves, son cerveau lui « fournissait » la majeure partie des réponses. Pas avec l’effort laborieux du candidat qui fouille dans ses notes mentales mais avec une fluidité qu’il a comparée à celle de quelqu’un qui aurait passé six mois à réviser.

Ce qu’il décrivait, c’est exactement ce que l’on cherche à produire : un état de disponibilité cognitive dans lequel la mémoire implicite remonte vers la conscience sans être entravée par le stress, la peur du jugement ou le doute sur ses propres capacités.

Ce que cette séance m’a (re)confirmé

Chaque fois qu’un cas comme celui de Jordan se présente, il me rappelle quelque chose d’essentiel : nous sous-estimons profondément les ressources que nous portons en nous.

Le problème de Jordan n’était pas un manque de savoir. C’était un manque d’accès à ce savoir, une barrière construite par le stress, la représentation négative de soi, et la conviction qu’il n’avait « rien fait ».

L’hypnose ericksonienne n’invente rien. Elle ne transfuse pas de connaissances. Elle ouvre une porte que le sujet croyait condamnée.

Note importante : Chaque histoire est unique. Jordan avait bien été en cours, la mémoire implicite avait donc un matériau réel à travailler. Ce type d’accompagnement ne remplace pas les révisions, il potentialise ce qui a déjà été vécu, appris, entendu. Et il est d’autant plus efficace quand il est entrepris suffisamment tôt, sans attendre la dernière semaine.

Vous reconnaissez Jordan dans votre enfant ,ou en vous-même ? Je reçois en cabinet à Vulaines-sur-Seine et en visioconférence. N’attendez pas que le stress décide à votre place.