Une rencontre dans la rue. Une phrase qui revient souvent.
Une femme apprend que je suis praticien en hypnose Ericksonienne. Elle me dit, presque en s’excusant : « Ah, j’ai essayé pour arrêter de fumer. Ça n’a pas marché sur moi. »
Je lui pose quelques questions. Et là, l’histoire se précise.
Elle a fait une séance avec un confrère. Dans les jours qui ont suivi, elle a arrêté de fumer. Pendant six mois. Puis, lors d’une soirée entre amis, quelqu’un lui a proposé une cigarette. Elle a accepté. Et depuis, elle a repris.
Conclusion qu’elle en a tirée : la séance n’avait pas marché.
Je lui ai dit le contraire.
Six mois, ce n’est pas un échec
Avant cette séance, elle n’arrivait pas à arrêter. Seule, sans accompagnement, zéro jour sans cigarette.
Après une seule séance d’hypnose Ericksonienne : six mois d’arrêt.
Mettons les choses en perspective. Six mois sans tabac après une vie de fumeur, c’est une transformation neurologique réelle. Ce n’est pas un placebo qui s’est évaporé au premier obstacle. C’est la preuve que quelque chose s’est profondément modifié dans son rapport à la cigarette, dans ses automatismes, dans ses associations inconscientes, dans sa manière de gérer les situations qui déclenchaient l’envie de fumer.
La séance a marché. Pendant six mois, elle a marché remarquablement bien.
Ce qui s’est passé lors de cette soirée
Une cigarette proposée dans un contexte social, festif, détendu. Une acceptation qui lui a semblé anodine sur le moment. « Bêtement », dit-elle.
Pas si bêtement, en réalité. C’est précisément ainsi que fonctionne la rechute dans toutes les addictions : non pas par manque de volonté, mais parce qu’un contexte spécifique a réactivé un schéma neuronal qui n’avait pas été complètement reconfiguré.
Une séance d’hypnose Ericksonienne travaille en profondeur, mais elle ne réécrit pas intégralement vingt ans d’associations construites autour du tabac. Les circuits neuronaux liés à l’addiction sont robustes, ancrés, souvent attachés à des contextes précis : le café du matin, la pause au travail, la conversation entre amis. Il suffit parfois d’un seul de ces contextes, dans un moment de relâchement, pour que l’ancien schéma se réactive.
Ce n’est pas un échec de la séance. C’est la nature de l’addiction.
Ce qu’une séance de rappel aurait changé
Si cette femme était revenue me voir – ou avait consulté son praticien – dès après cette première cigarette, une courte séance de réactivation aurait très probablement suffi.
Pas une nouvelle séance complète. Un rappel. Une réactivation des ressources déjà installées lors de la première séance, un renforcement des nouvelles associations construites, une attention portée au contexte précis qui avait déclenché la rechute.
Ce type d’intervention est beaucoup plus simple, et beaucoup plus rapide, que la séance initiale. Parce que le travail de fond a déjà été fait. Il s’agit de le consolider, pas de le recommencer.
La question du coût, posée autrement
Certaines personnes me disent qu’elles hésitent à consulter régulièrement un praticien en hypnose pour entretenir un arrêt du tabac. Je comprends cette hésitation. Et je l’entends différemment selon les cas.
Mais voici une réalité chiffrée : un fumeur régulier dépense entre 200 et 300 € par mois en cigarettes. Soit 2 400 à 3 600 € par an, sans compter l’impact sur la santé à court, moyen et long terme.
Une séance de rappel ponctuelle, même répétée une ou deux fois dans l’année, représente une fraction de ce budget. Et elle agit dans le bon sens.
Ces mêmes personnes n’hésitent pas à consulter chaque mois un ostéopathe, un kinésithérapeute, un masseur. Elles prennent rendez-vous chez le coiffeur ou l’esthéticienne sans y penser. Mais l’idée de voir un praticien en hypnose pour entretenir quelque chose d’aussi central que leur santé respiratoire, cardiovasculaire, leur qualité de vie quotidienne, là, elles hésitent.
En thérapie, on appelle cela une dissonance cognitive : deux comportements contradictoires qui coexistent sans que la tension entre eux soit consciente.
Ce que je retiens de cette rencontre
Cette femme avait réussi. Elle ne le savait pas.
L’hypnose Ericksonienne n’est pas un interrupteur qu’on actionne une fois pour toutes. C’est un accompagnement d’un processus, parfois linéaire, parfois non. Certaines personnes arrêtent définitivement après une séance. D’autres ont besoin d’un rappel à six mois, à un an. D’autres encore trouvent leur rythme au fil du temps.
Ce qui ne change pas : chaque séance compte. Chaque mois sans cigarette compte. Chaque rechute est une information, pas une conclusion.
Si vous avez déjà essayé l’hypnose pour arrêter de fumer et que vous pensez que « ça n’a pas marché », il vaut peut-être la peine d’y regarder de plus près.
Cet article fait suite à Arrêt du tabac et hypnose Ericksonienne : ce que 20 ans de pratique m’ont appris, dans lequel j’explique pourquoi je ne promets aucun résultat et pourquoi je ne fais qu’une seule séance initiale.
Franck Osswald — Praticien en hypnose Ericksonienne depuis plus de 20 ans, basé à Vulaines-sur-Seine (région Fontainebleau). Consultations en cabinet et à distance.


