Adolescent, j’étais plutôt sur la défensive. J’avais appris à lire les regards, à anticiper les tensions, à réagir vite. Le monde me semblait moins être un espace de possibilités qu’un terrain potentiellement dangereux.
Avec mes amis, bien sûr, il y avait de la légèreté. Mais dès que je me retrouvais seul, quelque chose changeait. Je repassais en mode vigilance. Un mental prêt à intervenir, à se défendre.
Ce fonctionnement m’a été utile. Mais il a un coût : il ne laisse pas beaucoup de place à la joie.
Des années plus tard, en me formant à l’hypnose ericksonienne, j’ai découvert une idée qui a profondément changé ma manière de voir les choses :
👉 le cerveau est plastique.
Les travaux de Richard Davidson, neuroscientifique à l’Université du Wisconsin, montrent que les états émotionnels peuvent être entraînés. Ce que nous ressentons régulièrement finit par devenir notre norme.
Autrement dit : la joie n’est pas seulement une émotion. C’est une capacité.
J’ai donc commencé à travailler consciemment certains états internes : la gratitude, l’apaisement… et la joie.
Et quand je travaille avec des dirigeants ou des équipes, je retrouve souvent ce même schéma : des personnes compétentes, engagées… mais dont le système nerveux est en permanence en mode survie. Rarement en mode joie.
C’est là que quelque chose d’important apparaît.
On pense souvent que la performance repose sur la pression, la tension, l’exigence permanente. Mais les recherches disent autre chose.
Barbara Fredrickson, psychologue, a montré avec sa théorie du broaden and build que les émotions positives élargissent le champ de perception et améliorent la créativité, la prise de décision et la capacité d’adaptation.
À l’inverse, le stress chronique réduit notre champ mental.
La joie n’est donc pas un luxe. C’est un avantage cognitif.
Les études relayées par Harvard Business Review et Gallup vont dans le même sens : des collaborateurs qui vivent plus fréquemment des émotions positives sont plus performants, plus engagés et plus résilients.
Mais attention.
La joie dont on parle ici n’a rien à voir avec une ambiance « fun » ou artificielle. Elle ne se décrète pas avec un baby-foot dans une salle de pause.
Elle apparaît quand certaines conditions internes et relationnelles sont réunies : – un sentiment d’utilité – des relations de qualité – une reconnaissance réelle – une forme de cohérence intérieure
Et surtout, elle demande un apprentissage.
Parce que notre cerveau n’est pas naturellement orienté vers la joie. Il est orienté vers la survie.
C’est ce que montre Rick Hanson : notre cerveau est comme du velcro pour le négatif et du téflon pour le positif. Sans effort conscient, nous retenons mieux ce qui ne va pas.
Cultiver la joie devient alors un acte volontaire.
Ces compétences s’apprennent : – porter son attention sur ce qui fonctionne – prolonger les états positifs – réguler son système nerveux – habiter davantage le moment présent
C’est précisément ce que je transmets lors des séminaires que j’anime en entreprise : non pas « motiver » artificiellement, mais apprendre aux équipes à modifier concrètement leur état interne pour retrouver clarté, engagement et qualité relationnelle.
Ce travail est discret. Progressif. Mais il change profondément la manière de penser, de décider et d’interagir.
Aujourd’hui, je ne suis toujours pas « naturellement joyeux ».
Mais je sais que la joie se construit.
Dans un monde professionnel où la pression est devenue la norme, cultiver la joie n’est pas un programme de bien-être de plus. C’est un levier de performance durable — et l’un des plus sous-estimés.
Un exercice pour commencer
Installez-vous confortablement, les yeux ouverts ou fermés.
Portez doucement votre attention sur l’espace de votre cœur — cette zone au centre de la poitrine. La joie, on la localise souvent là, même si neurologiquement tout se passe probablement un peu plus haut 😉
Restez simplement à l’écoute de votre respiration pendant quelques instants. Sans rien forcer. Sentez votre corps se calmer progressivement.
Puis, intérieurement, prononcez le mot joie.
Répétez-le doucement, à votre rythme, comme si ce mot prenait naissance exactement à cet endroit dans votre poitrine. Vous pouvez aussi imaginer que chaque fois que vous le prononcez, il apparaît en surbrillance dans votre cœur — comme ces mots lumineux qui s’allument dans les dessins animés.
Laissez venir à vous des images de moments de joie. Des sons, si vous voulez. Et surtout, cherchez à ressentir — pas à vous en souvenir, mais à laisser la joie s’installer dans votre corps.
Prolongez ce moment aussi longtemps que vous en avez envie.
Si vous n’êtes pas habitué à ressentir de la joie naturellement, il faudra peut-être répéter cet exercice plusieurs fois. Mais avec le temps et la régularité, vous y arriverez — le cerveau apprend par la répétition, c’est précisément ce que nous avons vu plus haut.
Et si vous souhaitez aller plus loin, vous pouvez me contacter pour une séance individuelle. Ensemble, nous pourrons approfondir cet exercice et envoyer cette joie dans différents endroits de votre vie — c’est souvent très thérapeutique. Et si vous êtes loin, pas de souci : en visio, ça fonctionne très bien aussi.


