L’EFT, un allié précieux de l’hypnose ericksonienne
Dans mon cabinet à Fontainebleau, j’utilise parfois une méthode complémentaire à l’hypnose ericksonienne : l’Emotional Freedom Techniques, plus connue sous le nom d’EFT.
À première vue, cette approche peut surprendre : on tapote doucement sur certains points du corps tout en parlant d’un problème émotionnel. Pourtant, derrière ces gestes simples, se cachent des mécanismes psychologiques et physiologiques étonnamment cohérents.
Ma découverte de l’EFT : du scepticisme à la surprise
Pendant plusieurs années, j’entendais parler de l’EFT, mais j’étais très sceptique.
Comment des tapotements pouvaient-ils aider à débloquer des blocages émotionnels ? Honnêtement, je n’y croyais pas du tout.
Mais comme je ne suis pas du genre à juger ce que je ne connais pas, j’ai profité d’une formation à l’IFPEC (Institut Français de Psychothérapie Émotionnelle et Cognitive) pour m’en rendre compte par moi-même.
Imaginez-moi, sceptique, en formation sur un sujet auquel je ne croyais pas…
L’élève qu’on n’a pas envie d’avoir dans une formation !
Pourtant, en me prêtant au jeu, j’ai vu — sur moi comme sur les autres participants — des émotions se débloquer en très peu de temps, là où, avec l’hypnose ericksonienne, il m’aurait fallu plus de travail.
Je ne crois toujours pas à la dimension “énergétique” présentée par certains formateurs de l’EFT, mais il existe des explications rationnelles et scientifiques qui justifient les résultats observés — et, pour moi, c’est déjà très bien.
Un dialogue entre le corps et l’esprit
L’EFT repose sur une idée simple : nos émotions ne sont pas que mentales ; elles s’impriment aussi dans le corps — dans la respiration, la tension musculaire, le rythme cardiaque.
Lorsque nous revivons une émotion désagréable, notre système nerveux réagit comme si nous étions à nouveau en danger. Le “tapping”, c’est-à-dire le tapotement doux de certains points précis du visage et du haut du corps, aide à désactiver cette alarme intérieure.
Des études ont montré que ces stimulations favorisent l’activation du système nerveux parasympathique, celui du calme et de la récupération.
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Une étude randomisée contrôlée (Journal of Nervous and Mental Disease, 2012) a observé une baisse moyenne de 24 % du cortisol, l’hormone du stress, après une séance d’EFT ; contre 14 % dans les groupes témoins.
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Une réplication en 2020 (Explore Journal) rapporte une baisse encore plus marquée (–43 %) du cortisol salivaire.
Ces résultats suggèrent que l’EFT agit bien sur le système physiologique du stress, pas seulement sur le mental.
Une approche compatible avec l’hypnose
L’hypnose ericksonienne et l’EFT partagent une philosophie commune : celle d’un changement doux et respectueux.
Toutes deux sollicitent un état de conscience modifié, utilisent le langage et les suggestions pour réorganiser l’expérience intérieure, et font confiance à l’intelligence naturelle du corps pour retrouver l’équilibre.
En pratique, je peux utiliser l’EFT pour préparer une séance d’hypnose ou accompagner l’intégration émotionnelle après une séance. Certains patients apprennent la technique pour l’utiliser chez eux, dans les moments de stress ou d’émotion forte.
Une anecdote parlante
Un jour, un client est venu avec son fils de 13 ans, qui souffrait d’une phobie sévère des chiens.
Même imaginer un chien suffisait à le faire transpirer. Enfant, il avait été mordu par un chiot ; une scène banale, mais qui l’avait profondément marqué. Depuis, impossible pour lui de se rendre chez des amis qui avaient un animal : le simple aboiement suffisait à déclencher une panique incontrôlable.
Le jeune garçon ne voulait pas entendre parler d’hypnose. J’ai donc proposé de travailler avec l’EFT, pour “déprogrammer” les émotions associées à cette morsure et à la peur des chiens en général.
La séance a duré une bonne demi-heure, sous le regard perplexe de ses parents, qui se demandaient comment ces tapotements accompagnés de phrases étranges pouvaient avoir quoi que ce soit de thérapeutique !
Il se trouve que j’ai moi-même un chien : un jeune malinois, à peine âgé d’un an à l’époque — autrement dit, pas vraiment un chien de salon !
Après la séance, j’ai proposé au garçon de lui présenter mon chien. Il a accepté, un peu tremblant. Le père, prêt à bondir si les choses tournaient mal, observait attentivement.
J’ai fait entrer le chien, calmement. À chaque pas, je vérifiais que le jeune allait bien. En moins de trois minutes, le malinois était posé tranquillement sur les genoux du garçon, sous les yeux médusés de ses parents.
Une peur ancrée depuis des années venait de se dissoudre, sans hypnose, sans exposition brutale, juste avec quelques tapotements et une reprogrammation émotionnelle douce.
Des explications rationnelles, sans mystère
Même si l’EFT fait parfois référence aux “méridiens” de la médecine chinoise, son efficacité s’explique très bien avec nos connaissances modernes en psychologie et en neurosciences.
Exposition douce et reconsolidation
Penser à un souvenir désagréable tout en restant détendu permet au cerveau de reconsolider la mémoire émotionnelle : il met à jour l’information, en y associant un nouvel état de sécurité. Ce mécanisme est désormais bien documenté en neurosciences affectives.
Régulation du système nerveux
Les stimulations corporelles favorisent l’activation du nerf vague, ce qui apaise le cœur, la respiration et les centres émotionnels du cerveau. Les études mentionnées plus haut sur la baisse du cortisol vont dans ce sens.
Effet neurocognitif et somatosensoriel
Des revues (par ex. Feinstein, Frontiers in Psychology, 2021) montrent que le tapping active des zones cérébrales liées à la régulation émotionnelle (cortex préfrontal, amygdale) et désactive les circuits de la peur.
Le rôle du rituel et de la suggestion
Notre cerveau aime les rituels : gestes répétés, rythme, structure. Ils créent un sentiment de sécurité et de cohérence, qui renforce la capacité à se calmer.
L’effet placebo conscient, c’est-à-dire le fait de croire qu’on peut aller mieux, active déjà les circuits cérébraux de la détente. Et les suggestions du praticien ajoutent un effet d’entraînement positif : l’esprit suit la direction donnée.
En conclusion
L’EFT et l’hypnose ericksonienne ne s’opposent pas, elles se complètent.
L’une agit par la parole, l’imagination et la métaphore ; l’autre ajoute le geste, la respiration et le rythme.
Ensemble, elles offrent une voie douce et naturelle pour transformer les émotions, retrouver du calme, et redevenir acteur de son équilibre intérieur.


