{"id":2245,"date":"2026-04-27T16:39:10","date_gmt":"2026-04-27T14:39:10","guid":{"rendered":"https:\/\/franckosswald.com\/?p=2245"},"modified":"2026-04-27T16:39:24","modified_gmt":"2026-04-27T14:39:24","slug":"le-corps-qui-parle-quand-les-mots-se-sont-tus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/franckosswald.com\/index.php\/2026\/04\/27\/le-corps-qui-parle-quand-les-mots-se-sont-tus\/","title":{"rendered":"Le corps qui parle quand les mots se sont tus"},"content":{"rendered":"<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\"><em>Certaines douleurs n&rsquo;ont pas de nom sur une radio. Elles ont une histoire.<\/em><\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\"><strong>Le corps qui parle quand les mots se sont tus<\/strong><\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Elle entre difficilement dans mon cabinet. Le corps p\u00e9tri de douleurs, deux canes pour le soutenir. Sa meilleure amie me l&rsquo;a amen\u00e9e, parce que Fabienne n&rsquo;aurait probablement jamais pouss\u00e9 cette porte seule.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Fabienne a toujours march\u00e9. Toute sa vie. Des centaines de kilom\u00e8tres \u00e0 travers la France, le Chemin de Compostelle, les grandes randonn\u00e9es\u2026 La nature \u00e9tait son seul refuge. Le seul endroit o\u00f9 elle n&rsquo;avait de comptes \u00e0 rendre \u00e0 personne.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Aujourd&rsquo;hui, elle tient \u00e0 peine debout.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Les m\u00e9decins sont formels : aucune cause physique. Ils lui disent de marcher. Elle voudrait bien\u2026<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Elle s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9e devant mes cartes dans une pharmacie. <em>Pourquoi pas<\/em>, s&rsquo;est-elle dit. Elle n&rsquo;a jamais consult\u00e9 \u00ab\u00a0pour la t\u00eate\u00a0\u00bb de sa vie. Mais quand les m\u00e9decins vous renvoient \u00e0 votre int\u00e9rieur, on finit par y aller.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Assise en face de moi, elle me d\u00e9crit ses douleurs. Sur une \u00e9chelle de dix, elle les \u00e9value \u00e0 vingt-quatre. Je ne souris pas. Ce chiffre-l\u00e0, je l&rsquo;entends souvent. Il dit quelque chose d&rsquo;important sur l&rsquo;\u00e9tat de souffrance du sujet.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Puis vient l&rsquo;histoire. Celle qu&rsquo;elle n&rsquo;a jamais vraiment racont\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">La perte de sa m\u00e8re tr\u00e8s jeune. Un p\u00e8re remari\u00e9 \u00e0 une femme maltraitante, absent autrement que physiquement, il \u00e9tait l\u00e0, il ne disait rien, il laissait faire. Une demi-s\u0153ur dont personne ne voulait s&rsquo;occuper, alors c&rsquo;est Fabienne qui l&rsquo;a \u00e9lev\u00e9e. Un grand fr\u00e8re qu&rsquo;elle a en r\u00e9alit\u00e9 toujours prot\u00e9g\u00e9 comme un petit. Elle est devenue la grande s\u0153ur de tout le monde, sans que personne ne lui ait demand\u00e9 son avis.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Institutrice par vocation. Encore des enfants \u00e0 porter, \u00e0 nourrir affectivement.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Et pendant des d\u00e9cennies, elle a tenu. Elle ne demandait rien. Ne se plaignait pas. Les blessures, les mots cruels, les ingratitudes, tout \u00e7a allait sous le tapis. Parce que <em>tant qu&rsquo;elle marchait, \u00e7a allait<\/em>.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">C&rsquo;est souvent pour \u00e7a qu&rsquo;on ne consulte pas : parce que jusque-l\u00e0, <em>\u00e7a va<\/em>. La randonn\u00e9e \u00e9tait sa th\u00e9rapie. La nature, son \u00e9quilibre. Son corps compensait ce que l&rsquo;esprit refusait de regarder.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Puis un jour, une op\u00e9ration. Le corps l\u00e2che. Elle se rel\u00e8ve, se r\u00e9\u00e9duque, remarche. Deux ans de plus \u00e0 avancer. Mais sous le tapis, les couches s&rsquo;accumulent.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Et puis il y a eu <em>ce<\/em> reproche de trop. Une dispute familiale. Et presque du jour au lendemain, un lumbago qui s&rsquo;installe, qui ne part plus, qui se g\u00e9n\u00e9ralise. Quand Fabienne ne peut plus marcher, la bo\u00eete de Pandore s&rsquo;ouvre. Toute la col\u00e8re, tous les ressentiments, toute l&rsquo;injustice d&rsquo;une vie, tout remonte. Et tourne, et tourne dans la t\u00eate&#8230;<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Dans mon fauteuil, elle ne tient plus. Son corps r\u00e9clame du mouvement, elle se redresse, se d\u00e9cale, cherche une position qui n&rsquo;existe pas tant les douleurs les emp\u00eachent toutes. Je l&rsquo;observe. Je cherche. Comment entrer dans une transe formelle avec quelqu&rsquo;un qui ne peut pas rester assis ? Comment travailler quand le corps lui-m\u00eame refuse de coop\u00e9rer ?<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Et puis elle se l\u00e8ve.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">C&rsquo;est l\u00e0 que je sais.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\"><em>Qu&rsquo;\u00e0 cela ne tienne, <\/em>\u00a0je me l\u00e8ve aussi. Et c&rsquo;est \u00e0 cet instant pr\u00e9cis que commence v\u00e9ritablement la th\u00e9rapie.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Elle fait quelques pas dans mon cabinet. Je marche \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, l\u00e9g\u00e8rement en retrait. Et je parle, mais pas \u00e0 son esprit conscient. Je parle directement \u00e0 l&rsquo;inconscient, en utilisant chaque \u00e9l\u00e9ment de ce qui se passe, ses pas, ses gestes, ses demandes, comme levier th\u00e9rapeutique. En hypnose ericksonienne, on appelle \u00e7a l&rsquo;utilisation : rien n&rsquo;est un obstacle, tout devient ressource.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\"><em>\u00ab\u00a0Et plus vous avancez\u2026 et plus la partie de vous qui s&rsquo;accroche aux \u00e9v\u00e9nements prend du recul.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">C&rsquo;est du paradoxe pur. Elle avance dans l&rsquo;espace, elle recule dans la blessure. Son corps qui ne pouvait pas s&rsquo;arr\u00eater devient le vecteur du changement.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\"><em>\u00ab\u00a0\u00c0 chaque pas, votre inconscient apprend \u00e0 nettoyer ce qu&rsquo;il a mis tant d&rsquo;ann\u00e9es \u00e0 accumuler.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Puis, sans transition, sur un ton compl\u00e8tement diff\u00e9rent, naturel, presque banal : <em>\u00ab\u00a0Est-ce que je peux vous offrir un verre d&rsquo;eau ?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">C&rsquo;est une rupture de pattern, une interruption volontaire qui court-circuite l&rsquo;esprit conscient au moment pr\u00e9cis o\u00f9 il pourrait commencer \u00e0 analyser, \u00e0 filtrer, \u00e0 r\u00e9sister. Les suggestions glissent ainsi vers l&rsquo;inconscient sans que la vigie int\u00e9rieure ait le temps de se r\u00e9veiller. Et ce verre d&rsquo;eau devient lui aussi, imm\u00e9diatement, mati\u00e8re \u00e0 travailler.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\"><em>\u00ab\u00a0L&rsquo;eau, c&rsquo;est la vie. Et il en faut bien un verre pour laver ce trop-plein d&rsquo;injustice.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Elle s&rsquo;assied \u00e0 mon bureau, pas dans le fauteuil habituel. Nouveau levier.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\"><em>\u00ab\u00a0C&rsquo;est bien aussi, de s&rsquo;asseoir ailleurs, autrement, pour voir les choses d&rsquo;un autre endroit. Pour se recentrer sur ce qui compte vraiment.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Tout ce qui se pr\u00e9sente devient suggestion. Son corps ne r\u00e9siste plus \u00e0 la th\u00e9rapie, il <em>est<\/em> la th\u00e9rapie.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Puis vient la transe formelle. Elle ferme enfin les yeux. Je me place derri\u00e8re elle, les mains pos\u00e9es sur ses \u00e9paules. Une descente profonde, et dans cet espace-l\u00e0, une centaine de suggestions diss\u00e9min\u00e9es dans une longue m\u00e9taphore de chemin de vie, une randonn\u00e9e int\u00e9rieure, construite sur mesure \u00e0 partir de tout ce qu&rsquo;elle vient de me confier. Trente minutes pendant lesquelles quelque chose, en elle, se r\u00e9organise. Et moi derri\u00e8re elle, les mains sur ses \u00e9paules, je deviens son soutient. C&rsquo;est le message que je lui transmets par ma posture, ma position derri\u00e8re elle et mes mains.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Elle rouvre les yeux.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Premier sourire depuis qu&rsquo;elle est entr\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Je lui demande \u00e0 combien sont ses douleurs. <em>Sept sur dix.<\/em><\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Je la f\u00e9licite. Sinc\u00e8rement. Passer de vingt-quatre \u00e0 sept, en une s\u00e9ance, c&rsquo;est extraordinaire. Et je le lui dis.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Je lui prescris un travail pour la prochaine fois : \u00e9crire des lettres. \u00c0 son p\u00e8re. \u00c0 sa belle-m\u00e8re. \u00c0 son fr\u00e8re, \u00e0 sa s\u0153ur. Peut-\u00eatre \u00e0 sa m\u00e8re. Des lettres qu&rsquo;on \u00e9crit mais qu&rsquo;on n&rsquo;envoie pas. Des lettres qui serviront de mati\u00e8re brute pour notre prochain travail ensemble.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\"><em>Je ne les lirai pas. Je n&rsquo;en ai pas besoin.<\/em><\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Elle repart. Sans ses canes.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Son amie qui l&rsquo;attendait me regarde les yeux \u00e9carquill\u00e9s, comme si elle sortait de la cour des miracles.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Ce n&rsquo;est pas un miracle. C&rsquo;est de l&rsquo;hypnose ericksonienne. C&rsquo;est le corps qu&rsquo;on \u00e9coute, l&rsquo;inconscient qu&rsquo;on sollicite, et une relation th\u00e9rapeutique qui sait s&rsquo;adapter \u00e0 ce qui se pr\u00e9sente, m\u00eame quand ce qui se pr\u00e9sente, c&rsquo;est une femme qui a besoin de marcher pour gu\u00e9rir.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Vous vous reconnaissez dans cette histoire, pas forc\u00e9ment dans les d\u00e9tails, mais dans cette fa\u00e7on de tenir, de porter, de mettre sous le tapis ?<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Peut-\u00eatre que vous aussi, vous avancez depuis longtemps gr\u00e2ce \u00e0 votre propre \u00ab\u00a0randonn\u00e9e\u00a0\u00bb, le sport, le travail, le faire pour les autres. Et peut-\u00eatre que ce refuge-l\u00e0 commence \u00e0 ne plus suffire.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Ce que Fabienne a v\u00e9cu en s\u00e9ance n&rsquo;est pas r\u00e9serv\u00e9 aux cas extr\u00eames. L&rsquo;hypnose ericksonienne travaille pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 o\u00f9 les mots seuls n&rsquo;arrivent plus, \u00e0 l&rsquo;intersection du corps et de l&rsquo;histoire qu&rsquo;il porte.<\/p>\n<p class=\"font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]\">Si quelque chose r\u00e9sonne, vous pouvez me contacter. Une premi\u00e8re conversation suffit souvent \u00e0 voir si une approche comme celle-ci peut vous correspondre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Certaines douleurs n&rsquo;ont pas de nom sur une radio. 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